Comment réagissez-vous aux indicateurs très inquiétants sur la situation de crise en Champagne-Ardenne ?
Marie-Claude BRIET-CLEMONT. C’est un fait que la conjoncture est mauvaise et qu’on assiste à une baisse d’activité. Il est pourtant dangereux de tomber dans la sinistrose. Il est nécessaire de continuer à créer de la richesse pour sortir de ce cycle et pour corriger les inégalités qui progressent. La première chose à faire est de réussir à inverser la chute démographique de la région. Il faut fixer la population active si l’on ne veut pas que notre région continue à vieillir et à s’appauvrir. La paupérisation qui touche les Champardennais est une réalité.
On assiste à une recomposition complète des formes d’emploi. L’emploi salarié en CDI est en voie de disparition et, alors que nous constatons un bon taux de création d’entreprises, il s’avère qu’en dehors de celui du créateur lui-même, ces entreprises créent peu d’emploi. Dans le même ordre d’idée, le développement du régime d’autoentrepreneur révèle souvent la recherche d’un complément de revenu. Ceci est plus lié à une stratégie de survie. Autre phénomène marquant, celui de l’explosion du chômage des seniors, et la constante progression du nombre d’allocataires du RSA inscrits à Pôle Emploi. |
Pierre POSSEME. Il existe effectivement des inégalités entre les secteurs et les territoires. Globalement l’industrie repart mais reste très fragile et très dépendante des donneurs d’ordre. On a une vraie difficulté à sortir de la sous-traitance. Le BTP commence à souffrir car la clientèle privée n’est pas au rendez-vous, trop anxieuse face à l’avenir, et la crise du crédit touche maintenant les collectivités locales, qui s’engagent sur le long terme. Si le secteur des services reste en bonne forme, se posera rapidement la question de son financement, souvent assuré par la valeur ajoutée dégagée par les entreprises. Pourtant c’est un secteur porteur d’activité et d’emplois non délocalisables.
Le passage de la taxe professionnelle à la CAE a amplifié cet effet de réduction des investissements des collectivités. Il s’agit de repenser le système financier et d’envisager la création d’une vraie banque pour les collectivités alors que les grands établissements financiers ne veulent plus s’engager. |
Comment appréhender l’avenir ?
| MCB. Nous sommes de toute façon dans des tendances lourdes et les réponses doivent être plutôt structurelles. L’adaptation conjoncturelle est indispensable, car elle permet l’effort de correction et de soutien auprès des entreprises et des personnes les plus en difficulté. Nous ne sommes pas dans une période de crise, mais dans une situation de mutation, et celle-ci doit être appréhendée comme une opportunité. C’est peut-être le moment pour envisager de réorganiser le système socioéconomique dans son entier et entreprendre autrement. Après tout, les coopératives agricoles, qui constituent aujourd’hui une richesse régionale, se sont créées au début du XXe siècle justement pour faire face à de graves difficultés et engendrer un nouveau modèle économique... | PP. Il faut conserver son optimisme, car dans toute période de crise, il émerge toujours des solutions nouvelles : développer les produits de proximité, les labels régionaux, agir sur la combinaison du développement local et du développement à l‘export en encourageant les entreprises de taille intermédiaire, en les incitant à la recherche d’excellence dans leur produit, insister sur la recherche appliquée sont autant de pistes à suivre.
Face aux défis de cette mutation profonde, il faudra partir groupé. D’un point de vue institutionnel, cela suppose aussi d’amorcer une réflexion sur la pertinence de nos territoires... |
Dans ce contexte, quels peuvent-être les leviers d’action du Conseil régional ?
| MCB. Je retiendrai la volonté de la Région de se mobiliser sur l’emploi, et de réorienter son soutien économique à la recherche, à l’innovation et au développement à l’international. Face aux difficultés liées à la situation actuelle, il est impératif que les acteurs de l’économie, de l’emploi et de la formation réactivent le dispositif « Former plutôt que licencier ». _ L’effort affiché autour de la politique en direction de la jeunesse et de la formation, ainsi que l’axe consacré au développement durable constituent bien des voies d’ouverture vers l’avenir. Les ambitions sont là, pour les moyens c’est autre chose. L’analyse financière réalisée par le CESER a clairement démontré que les marges de manœuvre étaient très réduites. Pour pouvoir libérer les forces d’initiative, une autre réforme des collectivités territoriales est nécessaire. | PP. La Région ne doit pas perdre de vue l’investissement. Le secteur du tourisme est sans doute une piste intéressante, surtout quand on regarde ce qui a pu être fait dans les Ardennes belges. Concernant le financement des entreprises, il faut sans doute aller plus loin que ce que fait aujourd’hui l’Irpac (dispositif régional d’accompagnement à la création-reprise d’entreprise). Une réflexion est en cours au niveau national quant à la création d’entités mutuelles de cautionnement. Je pense en effet que, dans le contexte de contraction du crédit, il pourrait être intéressant pour une collectivité d’apporter un cautionnement plutôt que du financement direct.
Au plan budgétaire, je crois que 7 à 8 % d’économies sont nécessaires, et trouvables. Contrairement à une entreprise privée, la lisibilité financière des collectivités au niveau des recettes, même si elle est contrainte, reste une sécurité puisque plus des deux tiers du budget sont garantis en début d’exercice. C’est une opportunité pour engager des investissements d’avenir. |
Quels souhaits pour 2012 ?
Marie-Claude BRIET-CLEMONT. 2012 sera une année de débats. De choix de société. Ils vont permettre de regarder fondamentalement ce qui fait société au niveau économique, social et environnemental, au-delà des seuls aspects financiers. En tant que représentante des salariés, j’attends d’autres alternatives que l’emploi précaire, que chacun puisse vivre dignement de son travail et que l’ensemble des besoins fondamentaux soit pris en compte. Pour moi, la charité ne doit pas se substituer à la solidarité, et cette solidarité est l’enjeu qui permettra de mettre en actes un certain nombre de nos souhaits et les politiques qui en découlent. |
Pierre POSSEME. Les moments seront difficiles, et il faudra veiller à ne pas laisser trop de gens au bord de la route, et notamment, former plutôt que licencier. Nous devons établir une véritable prospective au niveau industriel qui puisse nous faire rebondir vers de vraies valeurs. Le virtuel nous a étouffés, il est temps de revenir au réel. |


