L’EMPLOI


CONSTAT
Alors qu’il augmentait depuis le début de l’année 2010, le niveau d’emploi salarié hors intérim repart à la baisse au 4T2010 (- 0,06 %). Sur un an, la baisse se chiffre à 2 000 emplois (8 000 un an auparavant), soit une diminution de 0,6 %. Cette baisse est générale dans l’ensemble des départements (de - 1,8 % en Haute-Marne à - 0,1 % dans la Marne). _ L’industrie est le secteur le plus en souffrance avec une perte de 3,4 % de ses emplois sur un an. Parallèlement, le nombre d’intérimaires (13 601 fin 2010) augmente (+ 26 % sur un an).
Après un repli en 2009 (- 3,7 %), la masse salariale repart à la hausse en 2010 avec 7,6 milliards d’euros (+ 1,3 %). La part de l’industrie dans la masse salariale régionale (31 %, 2,4 milliards d’euros) recule d’un point au profit du secteur des services (44 %, 3,4 milliards d’euros).
Le salaire moyen par tête augmente mais reste inférieur à la moyenne nationale. Il est de 2 107 € brut au 4T2010 (2 290 € au plan national).
Au 4T2010, le nombre de travailleurs indépendants continue sa progression (+ 11,3 % sur un an). Cette progression s’appuie sur les travailleurs indépendants sans salarié (+ 15,4 % sur un an) alors que les effectifs des travailleurs indépendants employeurs régressent (- 4,4 % sur un an). Le nombre de professionnels libéraux diminue (- 1 % sur un an) et les effectifs employeurs baissent plus vite que ceux sans salarié (respectivement - 2,9 % et - 0,4 % sur un an). Ce constat est confirmé par les effectifs RSI, avec une hausse qui s’appuie surtout sur les tranches d’âge les plus élevées. Les inscriptions au RSI ont augmenté en 2010 (+ 18,3 %), notamment dans les secteurs des services à la personne et aux entreprises.

DIAGNOSTIC L’année 2010 enregistre un nouveau recul des effectifs salariés, mais moins fort qu’en 2009. L’intérim est plus que jamais une variable d’ajustement. L’activité augmente mais se reporte sur l’intérim en matière d’emploi, notamment dans les Ardennes et la Haute-Marne, avec une accentuation due au fait que les PME ont encore très peu de visibilité sur leur niveau d’activité à venir, particulièrement dans l’industrie. Au-delà des effets de la récente crise, la précarisation de l’emploi continue de s’amplifier. L’accroissement de l’intérim et des CDD nous semble conduire à une amplification de la déstructuration sociale. Corrélée au faible niveau des qualifications en région, l’évolution de la masse salariale confirme la tendance à la désindustrialisation de l’économie champardennaise. Ainsi, la baisse globale du niveau d’emploi dans ce secteur pourrait aggraver la faiblesse régionale du salaire moyen par tête. De plus, cette désindustrialisation laisse entrevoir des difficultés dans les services aux entreprises, alors même que le volume de la masse salariale y est important dans notre région. Enfin, les handicaps cumulés du département de la Haute-Marne sont inquiétants pour l’avenir proche de ce territoire. Comme le CESER l’a souligné dans sa récente autosaisine consacrée aux activités économiques de proximité, les jeunes quittent ce département, accentuant ainsi la perte de dynamisme, alors même que la population vieillissante a de plus en plus besoin de services. Cet aspect doit d’ailleurs attirer l’attention sur d’autres territoires de la région, d’autant plus que la raréfaction des services publics (qui emploient une très forte proportion de cadres) et la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite pourraient gravement compromettre l’avenir de nombre de nos territoires, en particulier les plus défavorisés et fragiles.

RAPPEL DE QUELQUES PRÉCONISATIONS DU CESER
- Mettre en place un pilotage régional favorisant une stratégie d’ensemble à moyen terme, de promotion et de développement de la formation professionnelle ;
- Construire, en partenariat, des expérimentations dans le cadre de la sécurisation du parcours professionnel, sur l’ensemble des territoires, en s’attachant notamment aux zones de formation prioritaires et aux publics les plus fragilisés (Écoles de la 2ème Chance…) ;
- Revisiter les dispositifs régionaux en faveur des jeunes afin de les adapter au contexte spécifique de la Champagne-Ardenne ;
- Mettre en place une approche des besoins au-delà de la consultation des branches professionnelles en matière de formation ;
- Appeler à la vigilance la Région et les collectivités territoriales, qui doivent se donner les moyens de conduire une action de veille continue sur les territoires visant à anticiper les conséquences du vieillissement de la population sur les équipements de proximité et de service.


LE CESER S’INTERROGE
- La faiblesse du salaire moyen par tête peut-elle être considérée comme un élément attractif pour notre région ou ne constitue-t-elle pas plutôt un facteur aggravant ?
- Une politique publique de la jeunesse, plus vigoureuse en Champagne-Ardenne, est-elle encore en mesure d’inverser l’évolution démographique actuelle, particulièrement dans des territoires tels que la Haute-Marne ?